De quoi parle-t-on ?

Extrait du guide de mise en œuvre du numérique éducatif (MediaFiches)
"Les réseaux numériques constituent aujourd’hui le principal vecteur de diffusion des savoirs. Utilisé comme environnement de travail à part entière, dans une démarche d’équipe cohérente, le numérique permet aux élèves d’apprendre de façon autonome et différenciée, d’accéder à des ressources pédagogiques adaptées, ..."

Des NTIC au numérique

À l’école primaire, l’évolution de la chose numérique comprend 3 grandes périodes :

  • De 1985 à 2000 : le numérique optionnel
  • De 2000 à 2015 : le numérique reconnu
  • À partir de 2015 : le numérique incontournable

De 1985 à 2000 : le numérique optionnel

  • En 1985, le plan IPT (Informatique Pour Tous) a pour objectif d’initier tous les élèves à l’outil informatique (et soutenir l’industrie nationale !).
  • Les programmes de 1995 soulignent l’intérêt de l’ordinateur comme outil de production et d’aide aux apprentissages.
  • Le recours aux TICE (E pour Enseignement) est encouragé. Les enseignants les plus convaincus par les potentialités de l’’ordinateur à l’école prônent généralement des pédagogies de projet ou de type Freinet.
  • L’abandon de "Nouvelles" dans NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) amorce la banalisation.
  • Le taux d’équipement des foyers (et des enseignants) augmente progressivement, mais reste relativement faible.

De 2000 à 2015 : le numérique reconnu

  • En 2000, les compétences attendues des élèves sont formalisées dans le B2i École (Brevet Informatique et Internet niveau école). Le recours aux TICE, jusque là recommandé, devient obligatoire.
  • Le C2i et le C2i2E (pour les enseignants) confirment le nouveau statut des TICE.
  • La "maîtrise des TUIC" est l’un des sept piliers du socle commun de connaissances et de compétences défini par le décret n° 2006-830 du 11 juillet 2006.
  • En 2006 et en 2011, le référenciel du B2i école est rénové : B2i et C2i s’adaptent à l’évolution de la société.
  • Des plans d’aide à l’équipement informatique soutiennent l’investissement et le déploiement des usages intégrant les TIC, parfois à l’initiative des régions ou des départements, et en 2010 au niveau national avec le plan ENR destiné aux communes rurales de moins de 2000 habitants.
  • Le courrier électronique et Internet se développent et se vulgarisent.
  • Le passage des TIC au TUIC (U pour Usuel) souligne que ces technologies font désormais partie du quotidien.
  • De nouveaux matériels (Netbook, Notebook, TBI, tablette, table interactive, boîtier de vote) expérimentés dans des situations dites innovantes induisent des pratiques pédagogiques dont la mise en oeuvre se voit facilitée.
  • De nombreux enseignants publient leurs ressources et échangent sur des blogs.
  • Le taux d’équipement des foyers continue d’augmenter, certains possédant plusieurs postes. Rares sont les enseignants qui ne sont pas connectés.

À partir de 2015 : le numérique incontournable

  • Extrait de "Refonder l’école - L’école numérique"
    "L’école ne peut ignorer l’importance du numérique qui intervient aujourd’hui dans toutes les disciplines. C’est pourquoi, le ministère en charge de l’Éducation nationale a mis en œuvre une stratégie ambitieuse pour faire entrer l’école dans l’ère numérique. L’objectif ? Réaliser un investissement sans précédent en faveur des ressources du numérique éducatif et de l’équipement. En savoir plus...
  • Internet devient incontournable. Le Web 2.0 et les réseaux sociaux, massivement investis, ne peuvent être ignorés.
  • Bien au-delà de l’outil utilisé ponctuellement, le numérique devient un environnement de travail "ordinaire".
  • Les appareils mobiles (smartphones, tablettes) se banalisent, ils font désormais partie du quotidien. Alors que les appareils connectés étaient la plupart du temps partagés au sein de la famille, chacun tend à posséder le sien.
Les moyens alloués en terme d’équipement et de formation seront-ils à la hauteur des enjeux ?
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Intégrer, c’est à dire ?

Intégrer le numérique à sa pratique professionnelle, ce n’est pas consacrer un temps supplémentaire dédié à des activités numériques, c’est mettre en place des situations pédagogiques originales et motivantes en remplacement ou en complément des existantes.

Il s’agit donc de faire avec... et surtout pas en plus !

Pour un enseignant, cela implique de réfléchir à ses pratiques et d’accepter de les modifier, de les adapter à un nouvel environnement. Sa posture change avec le paradigme numérique. L’enseignant doit se positionner autrement. Il devient médiateur, facilitateur d’une compréhension qu’il partage en temps réel avec ses élèves.

Le pari de l’intégration des TICE sera gagné lorsque leur usage sera banalisé. Les terminaux numériques seront alors considérés comme des outils au même titre que tous les outils à disposition des élèves. Or l’utilisation d’un appareil numérique est plus complexe que celle d’un livre, d’un cahier ou d’un stylo, a fortiori pour celles et ceux qui depuis plusieurs dizaines d’années ont essentiellement manipulé ces trois derniers outils. Pour des enfants nés à l’ère du numérique, la situation diffère sans aucun doute...

Passer d’un usage ponctuel et exceptionnel du numérique à un usage régulier et ordinaire suppose également de disposer d’un matériel adapté, et surtout de savoir précisément pourquoi, quand et comment l’utiliser. Trivial me direz-vous ?...

Le dictionnaire en ligne Larousse propose quatre définitions du mot intégrer, dont "Insérer quelque chose dans quelque chose, l’y incorporer, le faire entrer dans un ensemble : Intégrer un nouveau paragraphe dans un exposé".

Pour ce qui nous concerne, c’est bien le numérique qui doit être au service des apprentissages des élèves, et non pas l’inverse.
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Apprend-on mieux avec le numérique ?

Extrait de "Impact des TIC sur l’enseignement et l’apprentissage des élèves" (Françoise Poyet et Michèle Drechsler)
"Il est difficile de cerner réellement les avantages et les inconvénients des TIC, nous pouvons établir (selon le rapport de W.J. Pelgrum et N. Law voir p.5) que les TIC semblent améliorer des connaissances, des aptitudes et des compétences transversales concernant particulièrement la motivation, le plaisir d’apprendre et l’estime de soi. En outre, la flexibilité, l’accessibilité, les modes de communication et d’interaction accrues, la variété des modes d’enseignement et d’apprentissage et l’augmentation de la capacité de résolution de problèmes et d’utilisation des stratégies méta-cognitives des élèves mis en avant par Karsenti, sont des éléments consignés par d’autres chercheurs et semblent faire consensus. Quant à l’idée de flexibilité et d’individualisation, pour Thérèse Laferrière, l’élève est considéré autrement par l’enseignant qui peut davantage prendre le temps de repérer les besoins et les capacités des élèves."

Thierry KARSENTI - iPads et tableaux blancs interactifs à l’école
Plus l’enseignant laisse l’élève venir à l’avant de la classe utiliser le TBI, plus les impacts sont positifs.
Les technologies ont un potentiel, mais ce ne sont pas elles qui ont un impact sur l’apprentissage, ce sont plutôt les usages pédagogiques que l’on en fait.
Il faut un contexte pour que ce potentiel soit actualisé. Le désir de les utiliser à des fins éducatives, tant par les élèves que par les enseignants, est déterminant.
Mesurer l’impact des technologies, est-ce vraiment réalisable ?
Les tests standardisés ne permettent pas de mettre en évidence l’efficience des technologies dans les apprentissages. Ils mesurent essentiellement les savoirs, quelques savoir-faire exceptionnellement. Les compétences supplémentaires, transversales notamment (apprendre à apprendre, faire preuve de créativité, d’innovation et d’esprit de collaboration...), apportées par les technologies sont difficilement mesurables par ces tests. Il faudrait recourir à des indicateurs de développement de compétences sur des périodes plus longues...

Quoi qu’il en soi, a-t-on vraiment le choix ? L’école peut-elle ignorer la vie au quotidien en dehors de ses locaux, mettre un point d’honneur à se montrer ringarde et conservatrice ? Comme le précise Paul Mathias (IGEN Philo), "le numérique n’est ni une régression, ni un progrès, c’est une réalité". Pour un enseignant, ce n’est pas toujours facile à comprendre ou admettre.

Il faudra pourtant faire avec, car nager à contre-courant, c’est prendre le risque de se noyer, avec ses élèves...
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Les TICE ne sont pas un long fleuve tranquille...

Sur son blog "Si c’est pas malheureux", le maître expose avec humour quelques idées reçues sur le numérique.

Remarques d’enseignants et éléments de réponses...

Ce tableau présente un florilège d’arguments avancés par les enseignants, révélateurs des difficultés qu’ils rencontrent pour intégrer les TICE à leurs pratiques pédagogiques.

Je n’enseigne pas au cycle 3. L’acquisition des compétences du B2i Ecole(*) et l’apport des TICE dans les apprentissages ne sont pas réservés au cycle 3, et bien au contraire.
C’est impossible avec un seul ordinateur dans la classe. On n’a pas assez d’ordinateurs. Des organisations possibles(*)
Des moments privilégiés(*)
Il n’y a pas assez d’ordinateurs dans la salle informatique pour que je puisse y amener ma classe. Regrouper tous les ordinateurs dans une même salle impose de nombreuses contraintes et limite le types de situations pédagogiques.
Des organisations possibles(*)
Le parc informatique est trop hétérogène. Les ordinateurs sont trop vieux. Les distributions Linux(*) conçues pour l’école, installables gratuitement sur tout ordinateur, intègrent la plupart des applications bureautiques, Internet et éducatives des autres systèmes d’exploitation.
Le réseau est toujours en panne. Les ordinateurs plantent toujours. Si un des ordinateurs rencontrent un problème, je ne saurai pas quoi faire. Les pannes sont évidemment préjudiciables au bon déroulement des activités et leur répétition est dissuasive. Elles obligent l’enseignant à prévoir un plan B. Au même titre que l’acquisition du matériel, la maintenance du parc informatique incombe aux collectivités locales. Pour autant, un minimum de compétences techniques(*) de l’enseignant sont nécessaires.
Les logiciels sont trop chers. Les logiciels sont trop nuls. Moi, j’ai un Mac à la maison, et les ordinateurs de l’école ne sont pas à la hauteur. Quels logiciels choisir pour l’école ?(*)
Les élèves mettent le bazar sur le bureau, on ne s’y retrouve plus. Il convient de distinguer mauvaise manipulation et malveillance. Pour cette dernière, il faudra prendre le temps de travailler sur la charte d’usage des TICE de l’école(*). Il est également possible de protéger le bureau(*) de Windows.
Ma classe est trop petite. La salle informatique est trop petite. Préférer les solutions mobiles : tablettes tactiles, ordinateurs portables
Des organisations possibles(*)
Les enfants sont trop jeunes pour faire de l’informatique. Et s’ils ne font pas de l’informatique, mais développent activement des compétences multiples via un support interactif et/ou multimédia, sont-ils trop jeunes ?
Les enfants utilisent suffisamment l’ordinateur à la maison, ils consomment trop d’écran. Déplore-t-on qu’ils consomment trop de livres ? trop de papier pour dessiner ou écrire ? Au-delà du support, n’est-ce pas l’activité qui prime ? Que font-ils devant leur écran ? Cette réflexion est le subterfuge favori des enseignants qui, par méconnaissance ou désintérêt à l’égard du numérique, cherchent à se donner bonne conscience.
Les élèves saisissent trop lentement. Les élèves ne sont pas assez autonomes. Ils progressent très vite dès lors qu’on leur en donne l’occasion, d’où l’intérêt d’utiliser régulièrement les outils numériques, et ce dès l’école maternelle.
Les élèves en savent plus que moi. Accepter l’aide d’un élève plus compétent que soi(*) dans un domaine qui le passionne n’est pas facile pour un enseignant, mais ce n’est pas pour autant un échec
Je n’ai pas le temps, l’emploi du temps est trop chargé. Je n’arrive pas à intégrer l’ordinateur à ma pédagogie. Intégrer, ce n’est pas faire en plus, mais faire avec(*).
Si un élève est devant l’ordinateur de la classe, pendant ce temps-là, il ne va pas suivre ma leçon. Les temps de classe qui requièrent l’attention de tout le groupe ne sont sans doute pas les plus opportuns pour différencier, avec les TICE ou non.
Ce sont les mêmes élèves qui finissent leur travail en premier, donc ce sont toujours les mêmes qui ont accès à l’ordinateur. Ce sont toujours les mêmes élèves qui monopolisent l’ordinateur. Les élèves se disputent pour aller sur l’ordinateur. Les modalités d’accès aux ordinateurs(*) doivent être définies et respectées, le "délestage" n’étant pas la plus pertinente.
Les ordinateurs ne sont pas connectés à Internet. On ne peut plus naviguer sur Internet dès que plusieurs postes sont connectés. Une connexion de qualité(*) est aujourd’hui indispensable pour bénéficier de la richesse de l’apport des TICE. Interpeller les collectivités locales...
C’est trop dangereux d’aller sur Internet. Effectivement, recherche et navigation Web présentent un risque potentiel d’afficher des pages indésirables. Toutefois, ce n’est pas en leur interdisant d’accéder à Internet que les élèves développeront leur vigilance et respecteront la charte d’usage des TICE de l’école(*). Quand ils sont dans la cour, ne risquent-ils pas de tomber et de se blesser ?
Je n’ai pas le temps d’essayer les logiciels qui pourraient être intéressants, pas assez de temps pour préparer des choses en plus. Se donner du temps est un facteur déterminant dans l’acquisition d’une culture numérique(*) indispensable à l’intégration des TICE. Il ne s’agit pas non plus de préparer des activités "en plus", mais d’intégrer le numérique dans certaines activités lorsque les situations s’y prêtent.
J’ai besoin de formation pour avoir un usage de cet outil dans le cadre de ma pédagogie. J’attends que l’Éducation Nationale me forme. Je ne sais pas quoi faire. Compléter sa formation professionnelle(*)
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